Le témoignage d'une jeune homme atteint de cette maladie pernicieuse et tellement méconnue, qu'est la NARCOLEPSIE.
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Je suis assis au fond de la classe à côté de Kevin. Le professeur d'histoire nous dicte un texte. Tout à coup, épuisé, j'adopte ma position préférée. Mon bras gauche replié sur le plan de travail supporte ma tête. Les yeux rivés sur la feuille posée devant moi, ma main droite agrippe mon stylo à bille. J'arrive tant bien que mal à prendre note de ce que le professeur nous dicte. Les minutes passent. En dépit des efforts que je déploie pour rester attentif, mes paupières commencent à tomber. La fatigue l'emporte, je capitule et me voilà à nouveau embarqué dans un demi-sommeil. Je vis alors une situation paradoxale. Alors que le rêve m'entraîne dans une rue où je déambule paisiblement, je continue à entendre ce que dit le professeur et tente, les yeux fermés, de prendre des notes.
Quand je reprends brutalement conscience, j'ai le sentiment de ne m'être assoupi que durant quelques secondes. Confiant, je relis mes notes. Mon endormissement a été tellement bref que j'ai la certitude de n'avoir rien raté de la dictée. Mais en y regardant de plus près, je m'aperçois que mes notes ne ressemblent à rien. Elles commencent plutôt bien, puis partent en vrille, les lettres deviennent illisibles. Il manque des mots, des portions de phrases. S'ensuit quelques dessins, du scraboutcha. Incohérent ! Pitoyablement inintelligible !
La situation devient coutumière, le processus se reproduit cours après cours. Au début, je tente de m'en sortir en recopiant les notes de mon voisin, puis je renonce à le solliciter. C'est trop dur, je perds courage. Je n'en peux plus de ces annotations qui ne ressemblent à rien. Comment pourrais-je travailler à partir de feuilles couvertes de phrases incomplètes, de dessins dérisoires ou enfin d'un simple trait vertical ? La situation devient cruelle et intenable. Je n'arrive plus à travailler à partir des livres de classe. À peine ai-je lu une à deux pages, que je m'écroule sur mon bureau ou me précipite dans mon lit pour dormir. En fait, je passe le plus clair de mes journées à dormir.
122 pages.