L'asile, Charlotte l'a connu et l'a vécu.
Dépression, rupture sentimentale, alcoolisme et drogue l'y ont menée.
Elle décrit sans fausse pudeur ce parcours douloureux dont elle s'est fort heureusement guérie.
Sa façon de décrire ''ces choses'' est tout bonnement étonnante : mélange de prose et de vers.
Un livre témoignage qui ne peut laisser indifférent, mais qui peut surtout aider ceux qui doutent de leur avenir.
100 pages.
J'ai 24 ans et l'impression d'en avoir quatre fois plus.
Il m'est déjà arrivé de voir le regard de ces personnes âgées qui, se sentant partir, aspirent finalement à ce moment et décident que pour elles, l'heure est venue. Ce regard si touchant, si beau et si vrai, je le comprends, je le sens. Je peux même le toucher.
Est-ce si difficile d'admettre, de comprendre que moi, jeune fille en pleine forme et dans la fleur de l'âge, veuille que ça s'arrête, que tout s'arrête ?
Si vous le voyez au fond de mes yeux, si chaque larme qui coule sur mon visage vous fait souffrir, si chaque mot de désespoir que je prononce vous effraie, si dans mon comportement, vous le sentez, alors pourquoi n'acceptez-vous pas que, même si la vie des autres - la mienne aussi par ailleurs - peut vous paraître si belle ou du moins pas des plus dures, pourquoi n'acceptez-vous pas que certains signes ne trompent pas ?
Serait-ce vous ramener trop violemment à la réalité de la vie ? À cette issue fatale et inéluctable qu'elle nous réserve, à nous tous ? Serait-ce vous ouvrir les yeux sur tant de choses enfouies au plus profond de vous ?
En quelques années, j'ai perdu tous mes rêves, toutes mes envies, tous mes désirs, toute ma VIE.
Je n'ai pas envie d'énumérer les nombreux événements qui, petit à petit, m'ont usée, érodée lentement, insidieusement, jusqu'à me ronger complètement, me détruire, et maintenant je l'espère enfin, me tuer. Pourtant, j'ai l'impression que sans justificatifs, vous penserez que j'exagère, que la vie n'a (quand même) pas pu être aussi terrible pour moi. Ou peut-être ne suis-je pas faite pour supporter les difficultés si banales et bénignes à vos yeux, et si insupportables dans mon coeur, dans mes souvenirs ?
Naître, par la force des choses, n'est jamais un choix. Ça, c'est la première injustice qui me fait souffrir, qui nous est à tous imposée comme un si grand bonheur pourtant. Parce qu'une fois vivant, il faut faire avec. Peu importe ce qui arrive.