EXTRAIT :
L’affaire avait choqué le monde, et toutes les braves gens de ma ville auraient été heureuses que l’immonde personnage responsable d’atteinte à la dignité de jeunes filles soit pendu haut et court ! Tous étaient dans l’incompréhension. Comment une femme avait-elle pu vivre avec un tel pervers ? Comment des humains avaient-ils été capables d’être l’ami d’une telle crapule ? Comment était-il possible que des gens côtoient un tel individu ? Pourtant, bien après la parution des articles de presse, bien après la diffusion sur la place publique des accusations et des preuves que détenait la justice, bien après la connaissance du nombre très élevé de victimes, bien après la parution de son expertise médicale qui le décrivait comme pervers dangereux, ceux-là mêmes qui critiquaient le criminel et ses amis, lui offraient toujours leur amitié.
Le lundi matin, jour du marché aux légumes dans le village, il s’offrait le plaisir de déguster un café dans la plus grande brasserie de la ville. Assis en face de la fenêtre, il trônait et discutait de la pluie et du beau temps avec qui le souhaitait. C’est qu’il y avait du monde à cette table ! Et quand le temps de midi sonnait, bras dessus, bras dessous, il retournait chez lui avec sa complice. Mais de tout cela, de tous les bonjours que le peuple lui offrait ou lui rendait, j’en avais honte pour leurs enfants, pour leurs petits-enfants. Oui, toutes ces gens qui lui offraient le bonjour, un temps, un instant autour d’un verre, avaient des enfants et, pour certains des petits-enfants. Comment allaient-ils se justifier par rapport à un acte injustifiable ? Boire un verre avec un salaud, parler avec un pervers, rire avec un violeur d’enfants !
Le pervers avait agressé un grand nombre de très jeunes filles et des bien-pensants lui offraient la voix, lui offraient du temps et allaient, après, retrouver leurs enfants et petits-enfants ! Oui, la dignité avait une limite et rien, ici, dans l’instant, dans un simple bonjour, ne pouvait être justifié !
196 pages. 18 €