Superbe roman psychologique où tous les thèmes de la vie sont abordés avec réalisme et sensibilité.
Véronique Massinon, l'Auteur, est juriste.
350 pages à dévorer durant vos vacances où devant la cheminée.
[... Cinq heures du matin... Gaspard arrive sur la place, les cheveux ébouriffés, les vêtements débraillés, tout essoufflé d'avoir couru dans la ville. Ses pas le ramènent toujours là... L'endroit est vide, calme. Seuls les oiseaux commencent à chanter timidement et le soleil se lève au loin. Il repère une chaise oubliée par un cafetier. Il la saisit, l'adosse contre le mur du Café de l'Espérance, se laisse tomber et pique un roupillon. Il s'agite dans son sommeil, semble se débattre avec ses démons, puis tombe finalement par terre et se cogne lourdement la tête sur le sol.
La douleur le réveille, il reprend connaissance, regarde autour de lui et reconnaît rapidement l'endroit. La peur le tenaille, les angoisses l'envahissent, il transpire... Il tente de se remémorer les évènements de cette nuit...
Il a des flashes : une fillette sourit, elle court vers une femme qui lui tend les bras, une voiture surgit, un klaxon retentit, la femme hurle, la fillette est renversée ; une salle d'accouchement, le bébé braille, les parents pleurent, puis c'est le trou noir...
Il ne comprend pas pourquoi ces éblouissements viennent le hanter régulièrement depuis quelques années, après une longue période d'accalmie. Il appréhende et déteste ces périodes d'égarement dont il émerge en sueur, dont il n'a aucun souvenir, si ce n'est ces brefs éclairs. Certes, vu les circonstances de sa naissance, il en connaît la cause et l'origine. Mais il croyait avoir dépassé ce cap ! ...]
La première partie de ce roman poignant entraîne Clara et Gaspard dans une longue épopée vengeresse. En fait, peu avant la naissance de Gaspard, sa soeur Chloé a été fauchée par un chauffard. Le jeune homme n'aura de cesse de traquer tout autour de lui les hommes qui auraient, eux aussi, blessé ou tué un enfant par imprudence ou inconscience.
Il n'hésite pas à manipuler sa meilleure amie et à l'entraîner à sa suite dans sa quête de justice. Une justice toute personnelle et implacable.
Mais la vie réserve des surprises et leurs destins vont prendre des routes divergentes.
[... L'histoire de Fernand la séduit tout autant. Fernand, c'est son ami, son père. Il est vieux, buriné, voûté, il a la peau ratatinée, des cheveux blancs. Elle subodore qu'il a été beau dans sa jeunesse. Il a été marié à Jeannette pendant plus de quarante ans. Leur histoire est magique. Elle l'écoute en prenant les poussières et en passant le torchon.
La Jeannette, il l'a rencontrée au détour d'un chemin. Elle cueillait des fleurs pour fêter la victoire sur les boches. Jeannette lui confiera par la suite qu'elle l'attendait tous les jours depuis la proclamation de l'Armistice, ce 8 mai 1945. Il est re-venu, la tête pleine d'atrocités. Quand il a vu Jeannette, il a tout oublié : la guerre, le sang, les morts. Elle a bousculé le cours de son existence. Ils se sont aimés au premier regard. Ils sont tous les deux de Chasteuil.
Début quarante, il s'était engagé, était entré sous les drapeaux, voulait défendre sa patrie, faire honneur à son père, mort en dix-huit, alors qu'il avait deux ans. Il avait quitté son village sans avoir jamais rencontré Jeannette. À l'époque, c'était une gamine mal taillée ; lui, déjà un homme mûr.
Elle avait jeté son dévolu sur lui lorsqu'elle l'avait aperçu le jour de son départ. Trop occupé à converser avec son frère, il n'avait pas remarqué cette adolescente timide et gauche. Il avait fière allure dans ses habits de soldat, son béret rouge vissé sur la tête. Dès ce matin-là, elle avait décidé de l'attendre le temps qu'il faudrait. Elle savait qu'il ne lui résisterait pas, car elle le possédait bien avant qu'il ne le sache. Elle aimait déjà pour deux, elle userait de tous les stratagèmes pour qu'il succombe à ses charmes. Quand elle l'avait vu descendre le chemin menant à la gare, elle avait fait un voeu et livré à Marcelle, sa meilleure amie, ses desseins et son secret :
- Tu vois, ce beau grand gars à côté de Paulo ? S'il revient, il m'épousera. Il ne verra plus que moi, je le laverai de toutes ces horreurs. Il renaîtra à la vie grâce à l?amour que je lui donnerai.
Elle était jolie, Jeannette ! Il a toujours sa photo jaunie dans son portefeuille et il ne peut s'empêcher de la montrer à Clara chaque fois qu'elle vient astiquer. Elle avait un corps de sylphide : brune, des yeux verts avec plein de petites étoiles, menue, mais tellement femme ! Ils sont devenus mari et femme et se sont juré de ne s'aimer qu'eux deux. Ils n'ont pas voulu d'enfant. Il n'y avait pas de place pour quelqu'un d'autre. S'ils en avaient eu, ils auraient dû lui donner une partie de leur amour, le partager. Ils auraient dû cesser de ne faire qu'un, de ne vivre que l'un pour l'autre. Aujourd'hui, Jeannette est partie... Elle l'attend dans une autre vie. Il regrette de ne pas avoir eu la force de la rejoindre. Alors, il entretient son souvenir et elle vit encore. Ne meurt que celle que l'on oublie. Aussi longtemps qu'il sera sur terre, elle vivra. Elle survivra. ...]