Les Rendez-vous de la Hoguenne, www.editionsazimuts.be

Catégories

Rubriques

Les Rendez-vous de la Hoguenne

Les Rendez-vous de la Hoguenne
- 50 % - LIQUIDATION
ELAIR02
Les Rendez-vous de la Hoguenne
7.00 EUR

Frédéric LAIR est originaire de la région des Collines (Frasnes-Ellezelles-Saint Sauveur) en Belgique.
La Hoguenne est le nom du hameau qui a bercé son enfance et son adolescence. Un hameau paisible niché sur la ligne d'horizon, un hameau chargé de souvenirs que l'Auteur distille avec poésie, nostalgie ou amertume selon les cas.
Courts instants volés au temps. Tranches de vie découpées au souvenir de son enfance et de son adolescence. Anecdotes, coups de coeur... Amourettes, rancoeurs... A travers ces 16 nouvelles, pénétrez l'univers intime de l'Auteur, du moins durant ses seize premières années.
Un ouvrage incontournable de 120 pages.


La campagne est une vieille dame coquette et digne. Elle pleure en silence sous le regard menaçant de mars. Elle charrie ses sanglots en rigoles indisciplinées dans les replis de ses sobres atours. Mais elle se console bien vite et succombe au charme des roulades qu'un pinson amoureux lance dans les cerisiers blancs. Elle illumine d'émeraude les feuillages renaissants et dispose avec talent une palette harmonieuse de teintes réjouies sous le ciel rassuré.
Ensuite, elle se taille un séduisant chemisier dans un tapis de coquelicots ; rivière de rubis et de jade parsemée de marguerites immaculées. Ce pastel bigarré exalte sa fraîcheur adolescente et sa rayonnante féminité.
Pour compléter son élégance, elle se tisse un jupon soyeux aux reflets des champs de lin que des vagues miroitantes chargées d'azur et de nacre parent de mouvantes étincelles. Puis, couronnement suprême, l'or des champs de blé s'écoule en cascades éblouissantes jusqu'au creux de ses reins, chevelure angélique aux doux frémissements qu'un souffle divin caresse et rassure avec déférence et volupté.
Elle est comblée, fière et paisible. Elle respire à peine, par crainte de se froisser. Mais les saisons suivent la mode. Elles ne font que passer !
Bientôt revient le temps des couleurs ternes et des guenilles. Dame campagne se dénude lentement. Elle offre son vrai visage et son corps imparfait aux griffes de l'automne.
Les blés sont moissonnés et gisent sur les champs. On retourne la javelle sous un soleil de plomb. Un frou-frou cadencé accompagne le geste régulier des paysans. Les femmes suivent, plus voûtés qu'un vieux pont, un large mouchoir rouge à pois blancs noué dans les cheveux. D'une poignée de fétus, elles tressent un lien solide et naissent entre leurs mais agiles des gerbes régulières qu'elles dressent, par groupe de quatre, comme des huttes lilliputiennes.
Puis, le flot des gerbes coule ses longs cils dorés à travers les ridelles des grands chars à boeufs qui s'en vont, cahotant, rejoindre les hangars et les greniers.
Les récoltes engrangées, la campagne se retrouve toute chauve et impudiquement nue. Çà et là, son corps meurtri exhibe des taches de rousseur... Les feuillages, aussi, prennent la couleur du temps. Le soleil se couche sur les meules de foin perchées sur leur support de rames entrelacées.
Le vaisseau de l'automne a jeté l'ancre dans un port noyé d'embruns. La rosée du matin secrète des perles cristallines. La nature semble sortir d'un bain. Dans l'ombre altérée, des chevaux s'ébrouent et la herse traîne ses dents d'acier sur le ventre des champs dont la peau se ride, gerce et mollit.
La brise s'époumone dans les couronnes qui s'effeuillent. Longs soupirs languissants que suivent de longs nuages noirs. La nature est en deuil et se résigne. Veuve d'un règne éphémère dont le soleil lui-même l'avait faite reine. Elle en assume les déplaisirs et les renouveaux. Elle se drape d'un voile de brume, triste présent du vent du Nord. Elle se voile d'amertume, ferme les yeux, puis s'endort.
Les anges ont eu pitié. Ils ont survolé la pauvrette, battu des ailes avec ardeur et retenu leur souffle afin que leur duvet ne s'envole trop loin. Sous l'oeil attentif de l'unique étoile occupée à veiller la campagne, ils ont vêtu la vieille dame d'un épais manteau blanc.
Ce matin-là, quand le soleil a rosi les ténèbres de ses premiers feux, il a découvert une vierge éblouissante et sereine... et s'est pudiquement voilé pour ne pas la troubler.

Qté
ÉVALUATION:
Aucune évaluation
Aucun commentaire
Lire ou écrire un commentaire
Ajouter un commentaire à ce produit
Note :
Pays :
Nom :
Email (facultatif) :
Commentaire :
Les produits les plus populaires pour la journée d'aujourd'hui Valid XHTML 1.0 Strict